Le fait
La semaine du CES 2026 (Las Vegas, 6–9 janvier), AGIBOT Innovation Technology Co. — fondée en 2023 à Shanghai — marque son entrée officielle sur le marché américain. Sur le stand LVCC North Hall #10715, la société présente son portefeuille complet d’humanoïdes et de robots incarnés, et surtout un chiffre qui a fait le tour de la presse robotique : selon le rapport General-Purpose Embodied Intelligent Robot 2026 d’Omdia, AGIBOT a expédié plus de 5 100 robots en 2025, soit environ 39 % du marché mondial, pour un volume global estimé à ~13 000 unités. Le communiqué AGIBOT précise 5 168 machines — assez pour revendiquer le n°1 mondial à la fois en volume et en part de marché.
Le message stratégique est clair : pendant que une grande partie de l’industrie humanoïde en est encore aux prototypes et aux pilotes, AGIBOT affirme avoir basculé en production de masse et en déploiements réels. En décembre 2025, l’usine avait déjà célébré le 5 000ᵉ robot sorti de ligne. Au CES, le show ne se limite pas à un seul modèle : A2 (humanoïde pleine taille), X2 (compact demi-taille), G2 (manipulateur mobile industriel), D1 (quadrupède) et OmniHand (main dextre) défilent sous la bannière « One Robotic Body, Three Intelligences » — locomotion, interaction et exécution de tâches intégrées dans une même architecture.
Dr. Yao Maoqing (partner, SVP, président de l’Embodied Business Unit) cadre le moment : apporter le portefeuille complet au CES, c’est montrer qu’AGIBOT construit un écosystème d’humanoïdes « pas pour une seule tâche ou un seul lieu », mais pour une intelligence incarnée capable de servir industries, environnements et vie quotidienne. En parallèle, la société dévoile Genie Sim 3.0, plateforme de simulation ouverte branchée sur NVIDIA Isaac Sim (génération d’assets, généralisation de scènes, collecte de données, évaluation automatisée, physique), et AgiBot Research pousse le cadre SOP (scalable online post-training) pour mettre à jour des modèles VLA en ligne sur des flottes.

Contexte
AGIBOT (aussi connue sous le nom chinois Zhiyuan / AgiBot) s’est construite très vite : création 2023, montée en gamme produit en 2024–2025, jalon des 5 000 unités en décembre, puis CES US début janvier 2026. Le A2 mis à jour en décembre a servi de vitrine cinématique — y compris une démonstration de Tai Chi sur scène à Las Vegas — tandis que les séries X et G élargissent le spectre du showroom à l’usine.
Le chiffre Omdia mérite toutefois une lecture fine. The Robot Report rappelle qu’AGIBOT a communiqué, côté production, environ 1 742 unités A-Series et 1 846 X-Series (bipèdes), plus 1 412 G-Series (manipulateurs mobiles à roues). Total bipèdes : ~3 588 ; total « robots » : ~5 000+. Autrement dit, le volume leader Omdia agrège humanoïdes bipèdes et mobile manipulators dual-arm. Le rapport ne détaille pas explicitement si les manipulateurs à roues sont comptés comme « humanoids ». Pour un acheteur ou un analyste, la nuance compte : 5 100 shipped n’égale pas 5 100 bipèdes industriels prêts à remplacer un opérateur sur une ligne Tesla ou BMW.
Le marché global 2025, tel que décrit par Omdia, serait passé en phase de croissance rapide (~13 000 unités). Les cas d’usage déjà cités côté AGIBOT / Omdia couvrent huit familles : réception / hospitalité, divertissement et performances commerciales, fabrication intelligente, tri logistique, inspection / patrouille sécurité, collecte de données et entraînement, recherche scientifique et éducation. Sur le long terme, Omdia projette jusqu’à 2,6 millions d’unités annuelles d’ici 2035 — une trajectoire agressive face aux scénarios plus conservateurs (ex. Interact Analysis : >40 000 unités vers 2032, ~2 Md$ de revenus).
Techniquement, le différenciateur revendiqué reste l’architecture « un corps, trois intelligences » : intelligence de mouvement, d’interaction et de tâche. Le programme Powered by AGIBOT propose ensuite une couche de customisation (hardware, apparence, algorithmes) pour partenaires qui veulent accélérer sans tout reconstruire. Genie Sim 3.0 et le post-training SOP complètent le récit : pas seulement des corps en métal, mais une chaîne data → sim → flotte pour industrialiser l’apprentissage.
Côté concurrentiel US/EU, le CES 2026 place AGIBOT face à un peloton déjà bruyant : Figure, 1X, Tesla Optimus, Boston Dynamics, Agility, et le flot chinois (Unitree, UBTech, XPeng Iron, etc.). La différence revendiquée n’est pas un DoF de plus, c’est le volume déjà livré et la diversité de SKU déployés. Reste à prouver, hors Chine, la qualité de service, la conformité (sécurité machine, cybersécurité, données) et le support — critères qui pèsent lourd chez un intégrateur européen.
Pourquoi ça compte
1. Le volume change la conversation. Passer de « on a un proto qui marche » à « on a expédié plus de 5 000 machines » déplace le débat du laboratoire vers la chaîne d’approvisionnement, le SAV et le coût de possession. Même si une partie du volume est G-Series à roues, le signal industriel reste rare en 2026 : peu d’acteurs humanoïdes affichent des milliers d’unités.
2. Omdia #1 = arme marketing US. Le classement volume / part de marché arrive pile pour le début US. À Las Vegas, face à des décideurs retail, logistique et manufacturing, « 39 % du marché mondial » est un pitch plus percutant qu’une vidéo de marche. Les acheteurs devront quand même demander la définition (bipède vs wheeled) et les métriques terrain (MTBF, taux de succès de tâche, heures productives).
3. Portefeuille large = stratégie plateforme. A2 + X2 + G2 + D1 + OmniHand, plus Genie Sim et SOP : AGIBOT ne vend pas un héros unique, elle vend une gamme et une toolchain. Pour un partenaire « Powered by AGIBOT », l’enjeu devient l’intégration locale (sécurité, HMI, process) plutôt que la réinvention du corps.
4. La prudence analytique reste de mise. Les projections à 2,6 M d’unités / an en 2035 cohabitent avec des scénarios bien plus bas. Le CES reste un théâtre de démonstration ; la question pour un DSI / directeur usine FR-EU n’est pas « qui a le plus shippé en Chine en 2025 ? », mais « quel robot tient 8 heures / jour sur mon use case, avec quel TCO et quelle conformité CE ? ».
5. Soft + flotte = prochaine bataille. Genie Sim 3.0 et le post-training online SOP indiquent où AGIBOT voit la différenciation durable : données réelles, mise à jour continue des VLA, simulation unifiée. Le hardware scale ouvre la porte ; le logiciel de flotte décide qui reste leader.
Lecture Neurone21
Thèse courte : le début US d’AGIBOT au CES 2026 n’est pas un simple stand de plus — c’est la monétisation narrative d’un leadership volume Omdia (5 100+ / 39 %) au moment où le marché américain regarde enfin les humanoïdes chinois comme des fournisseurs scalables, pas seulement comme des démos TikTok. Pour une équipe FR/EU (intégrateur, logisticien, constructeur, fonds deeptech) : (1) exiger la ventilation bipèdes vs mobile manipulators dans tout pitch « 5 000 shipped » ; (2) tester A2/G2 sur un pilote borné (réception, tri, inspection) avec KPI horaires et clauses données ; (3) évaluer Genie Sim / Isaac comme accélérateur de dataset plutôt que comme gadget marketing ; (4) comparer le TCO AGIBOT aux alternatives Unitree / UBTech / acteurs US sur support Europe, pièces et certification.
À suivre : détails de déploiements hors Chine post-CES, clarification méthodologique Omdia, premières références US signées, et maturité réelle du cadre SOP en production.
Sources : The Robot Report — AGIBOT US debut 5,100+ shipped, 12/01/2026 · PR Newswire — AGIBOT CES 2026 US market debut, 06/01/2026 · PR Newswire — Omdia ranks AGIBOT No.1 shipments 2025, 08/01/2026 · AGIBOT — Omdia ranking article.