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iREX Tokyo 2025 : 673 exposants, 156 110 visiteurs — du programmé au perceptif

Robotique

Le fait

Du 3 au 6 décembre 2025, la 26ᵉ International Robot Exhibition (iREX) s'est tenue au Tokyo Big Sight (halls ouest 1–4, est 4–8, atrium) sous le thème Sustainable Societies Through Robotics. Bilan officiel et presse spécialisée : 673 entreprises et organisations exposantes — record — et 156 110 visiteurs, soit environ +8 000 par rapport à l'édition précédente, malgré des travaux sur une partie du site. Entrée à 1 000 ¥ (gratuite pour collégiens et plus jeunes / inscrits selon modalités).

Le fil narratif dominant, résumé par The Robot Report (From programmed to perceptive, 15/12/2025) et confirmé par SEISANZAI Japan (23/12/2025), n'est plus le bras qui répète une trajectoire figée : c'est le robot qui perçoit, décide et adapte — le Physical AI. Les allées ont saturé autour des demos humanoïdes (Kaleido 9 de Kawasaki, Neura Robotics via Nichiei Kikou, Unitree via TechShare, AgiBot annonçant son entrée Japon avec modèle VLA ViLLA) et autour des grands booths FANUC et Yaskawa, tous deux en collaboration visible avec NVIDIA.

Côté industriel « utile », Yaskawa a montré le dual-arm MOTOMAN NEXT-NHC 10DE apprenant un packing délicat par imitation (mocap mains + caméra) et le NEXT-NEX35 pour déchargement / feeding de matières variables avec fusion jugement AI + robotique. FANUC a enchaîné évitement de personnes, commandes vocales, pose de câble flexible avec FingerVision, tracking de pièces mobiles avec Inbolt. Kawasaki a poussé un concept de contrôleur ouvert synchronisant cobots, pince Oriental Motor et convoyeur magnétique Beckhoff XPlanar, plus la plateforme cloud ROBO CROSS. La Chine a aligné 84 exposants (contre ~50 en 2023), majoritairement overseas.

Contexte

iREX, organisée notamment avec la Japan Robot Association, reste depuis 1974 le grand rendez-vous biennal de la robotique mondiale — vitrine autant pour l'industrie japonaise vieillissante que pour les challengers. L'édition 2025 tombe dans une fenêtre de reprise des prises de commandes après deux années de baisse (surtout export), ce qui explique l'ambiance décrite comme « bonne » malgré la pression concurrentielle.

Le basculement sémantique programmé → perceptif répond à un plafond technique connu : les cellules classiques excellent sur pièces rigides et cycles stables ; elles peinent dès que la variation (forme, pose, fragilité, présence humaine) exige du jugement temps réel. D'où l'explosion des stacks vision-langage-action, des GPU embarqués, des demos « smart packing », et des humanoïdes / upper-bodies sur base AMR proposés pour la logistique (ex. Yamazen). Les cobots, eux, ne disparaissent pas : ils se différencient (Yamaha 7 axes pour espaces confinés, Nachi MZS, Shibaura Machine RIDRS dual-arm packing alimentaire).

Géopolitique soft power : le Japon a vu sa part des exports robotiques mondiaux reculer (ordre de grandeur cité à iREX : ~1/3 en 2016 → ~21 % en 2024) pendant que la Chine montait vers ~10 %. iREX devient donc aussi une scène où les acteurs chinois (cobots low-cost, humanoïdes, sensing tactile type PaXini) se présentent à un public JP + international, tandis que les deep-tech européennes (Inbolt, AICA) scalent via partenariats OEM (FANUC, UR). Le Physical AI, parce qu'il mange de la data terrain, renforce l'enjeu : qui possède les capteurs, les flottes et les datasets d'apprentissage. Les organisateurs ont aussi maintenu un volet online (mi-novembre à mi-décembre), preuve que le salon hybride reste un canal de lead gen au-delà des quatre jours Big Sight.

Pourquoi ça compte

1. Le record de fréquentation valide le marché, pas seulement le show. 673 exposants / 156k visiteurs sous rénovation partielle = signal de demande (intégrateurs, OEM, décideurs). Pour un acheteur EU, iREX 2025 sert de benchmark concurrentiel condensé : où en sont FANUC/Yaskawa sur l'AI adaptative, où en sont les humanoïdes CN/DE, quelles startups EU ont déjà un booth chez un major.

2. « Perceptif » signifie imitation + GPU + variation. Les demos Yaskawa (packing appris) et FANUC (pièce mobile, câble souple) montrent que le narratif NVIDIA a quitté le labo. Ce qui comptait en 2019 comme PoC fragile devient argument commercial. Reste à exiger, hors salon, des KPI : taux de succès sur SKU réels, latence, MTBF, certification sécurité avec AI dans la boucle.

3. Humanoïdes = attention ; bras + AI = cash. Les foules autour de Kaleido 9, Neura ou Unitree captent la une. La valeur économique immédiate reste dans les cellules industrielles qui digèrent la variation sans recruter. Lecture Neurone21 : suivre les humanoïdes pour la roadmap 2027–2030, budgéter 2026 sur AI industrielle (bin picking variable, packing, cable routing, human-aware motion).

4. Ouverture des majors japonais. FANUC ROS 2 / Python / NVIDIA, Kawasaki open controller + ROBO CROSS, Yaskawa AI controls : le Japon ne peut plus gagner uniquement au jeu du contrôleur fermé. L'ouverture crée des opportunités pour ISV et startups EU — et de nouveaux risques (cybersécurité, dépendance stack GPU, qualité des modules cloud téléchargeables).

5. La Chine n'est plus une note de bas de page à Tokyo. 84 exposants, data engines (gants tactiles PaXini, VLA AgiBot), prix agressifs sur cobots/humanoïdes : même si l'adoption Japan-domestic reste prudente, le reste du monde achète déjà. Pour l'Europe : screening supply-chain + partenariats sélectifs plutôt que déni.

Lecture Neurone21

iREX 2025 clôt l'année sur une thèse claire : la robotique de salon a basculé du cycle time programmé vers la boucle perceptive. Le Japon défend son installed base en ouvrant partiellement les contrôleurs et en collant à NVIDIA ; la Chine pousse hardware + data ; l'Europe place des briques deep-tech chez les OEM. Pour une équipe FR/EU : (1) extraire de iREX une short-list de 5 capacités vraiment matures (ex. packing adaptatif, tracking pièce mobile, cobot 7 axes, VLA démo) et les rejouer en atelier sur pièces clients ; (2) traiter les humanoïdes comme radar (autonomie, mains, OTA), pas comme commande CAPEX 2026 sauf use case service très cadré ; (3) cartographier les partenaires EU déjà validés par FANUC/UR/Kawasaki — le chemin de scale passe souvent par l'OEM, pas par le salon seul ; (4) anticiper les exigences AI + sécurité (norme, validation, oversight humain) avant de signer une cellule « perceptive » ; (5) surveiller le ratio exposants CN et les annonces marché Japon (AgiBot, Dobot local hiring) comme indicateur de pression prix.

À suivre : post-show reports JARA détaillés, commandes Q1 2026 des majors JP, premiers déploiements hors booth des systèmes NEXT / FingerVision / Inbolt, et la tenue réelle des humanoïdes en conditions service hors clip Tokyo.

Sources : The Robot Report — iREX 2025: From programmed to perceptive, 15/12/2025 · SEISANZAI Japan — iREX 2025 Physical AI & humanoids, 23/12/2025 · iREX 2025 officiel · Japan Times — Humanoid robots at Tokyo show, 05/12/2025. Image : robotique / expo (illustration libre Unsplash).