
Le fait
Le 8 octobre 2026, la société américaine Gecko Robotics (Pittsburgh) a annoncé un partenariat avec Anduril Industries pour accélérer la construction navale militaire américaine grâce à des robots, des logiciels d’IA et un contrôle qualité automatisé.
Concrètement, la technologie de Gecko est déjà déployée dans la nouvelle usine pilote (protofactory) d’Anduril dans le comté d’Orange, en Californie, un site d’environ 15 000 m² où seront fabriqués des composants clés de sous-marins. Elle doit ensuite équiper Arsenal-2, le futur chantier naval d’Anduril dans le Maryland.
Arsenal-2, le contexte
Annoncé le 6 octobre par l’État du Maryland et le comté de Baltimore, Arsenal-2 est un chantier naval « défini par logiciel » d’environ 186 000 m², installé à Tradepoint Atlantic, sur le site historique de Sparrows Point, où l’on construisait des navires pendant la Seconde Guerre mondiale. Anduril y investit 3,7 milliards de dollars pour produire des composants et des sous-ensembles destinés au programme de sous-marins nucléaires d’attaque de classe Virginia de l’US Navy.
Selon l’État du Maryland, le projet doit créer plus de 3 100 emplois permanents et en soutenir plus de 14 000 au total. L’État et le comté se sont engagés à couvrir jusqu’à 13 % de l’investissement privé via des aides, dont une partie reste soumise à l’approbation des assemblées locales.
Ce qu’apporte Gecko
Le métier de Gecko est le contrôle non destructif (CND, non-destructive testing) : vérifier l’intégrité d’une pièce (soudure, pièce forgée, coque) sans l’abîmer, par exemple par ultrasons. Ce travail est aujourd’hui largement manuel et repose sur des techniciens certifiés, rares et longs à former.
Gecko revendique deux résultats chez ses clients de l’industrie de défense :
- des délais d’inspection des pièces forgées réduits jusqu’à 90 % ;
- des opérateurs sans expérience préalable en CND rendus productifs après environ une heure de formation, parce que l’expertise est intégrée dans le logiciel et les robots.
Les données d’inspection alimentent un fil numérique (digital thread, l’historique de données qui suit chaque pièce de sa fabrication à sa fin de vie). Chaque composant inspecté garde ainsi un dossier exploitable pendant des décennies de service, utile pour planifier la maintenance et éviter les pannes imprévues. Côté Anduril, ces données sont intégrées à ArsenalOS, son système logiciel de pilotage de la production.
« Le défi de notre pays n’est pas un manque de talents d’ingénierie ou d’innovation, c’est la capacité industrielle », résume Troy Demmer, cofondateur et président de Gecko. Bill Noderer, responsable de la construction navale chez Anduril, précise que la technologie de Gecko est « déjà intégrée dans de vrais flux de production » en Californie et qu’elle sera reprise à Arsenal-2 « dès le premier jour ».
Notre lecture
Ce partenariat illustre un mouvement de fond : le goulot de la production industrielle n’est plus seulement la machine qui fabrique, mais le contrôle et les compétences rares. En faisant porter l’expertise par le robot et le logiciel, Gecko promet d’élargir le vivier de contrôleurs, un enjeu que partagent les chantiers navals, l’aéronautique ou l’énergie en Europe. Les gains annoncés restent ceux de l’entreprise, et Arsenal-2 reste à construire : c’est sur la cadence réelle de production qu’il faudra juger.